Vivre une identification sexuelle


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Le texte qui suit est tiré du blog de la talentueuse Dwam ; l’image vient de la non moins impressionnante Maya.

« Que penser des gens qui « s’identifient » par rapport a leur sexualité ? Je veux dire, je connais quelqu’un qui est bi (mais + branchée par les filles) et elle se sent de souvent le rappeler, de se faire une « culture lesbienne » — je sais pas si tu vois? »

J’ai souvent eu ce débat et ces explications à faire avec des amis hétéros, avec mon entourage, et je me suis dit que ce serait intéressant de reposter ma réponse ici, pour toutes les lesbiennes/bi/pansexuelles dans le même cas, et pour tou-te-s les hétéros qui se seraient posé la même question ou qui aurait la même incompréhension.
(Bon, je précise aussi que je répondais à quelqu’un qui en fait m’a mailée en détail à ce sujet, par rapport à une situation précise, donc j’essaye surtout de deviner le cas de son amie, pas simplement d’expliquer MES raisons – même si évidemment, c’est difficile de ne pas projeter mes propres expériences, ainsi que celles de mes connaissances lesbiennes.)
Donc pour répondre à SA question, je dirais qu’il y a une perspective un peu différente à garder à l’esprit.
Premièrement, c’est que nous vivons dans un monde terriblement hétéronormatif, et dans une société et une culture toujours totalement patriarcale (pour moi c’est très lié). Et ce poids est ressenti de manière très, très lourde, quotidiennement, pour les femmes, surtout les lesbiennes et bisexuelles. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de place pour l’homosexualité et la pensée queer, c’est mieux qu’avant, sans aucun doute ; ce que je dis, c’est que malgré tout, ce monde est clairement, profondément, hétéro. Je vous assure que ce n’est pas facile à comprendre et à appréhender lorsqu’on est hétéro soi même, même si on se fiche de l’orientation sexuelle des gens, même si on est totalement ouvert et gay-friendly ; et c’est encore plus difficile en étant un homme hétérosexuel – ce qu’est, je le devine, la personne qui m’a initialement posé la question. Si je vais plus loin, je pense même que c’était un homme blanc, hétéro, d’âge moyen, ce qui le place dans la meilleure situation possible dans notre société, en fait (ceci n’est absolument pas un reproche ni une critique ! mais juste une manière d’éclairer pourquoi, probablement, il ne comprend pas le comportement de son amie).
Je peux parfaitement me retrouver dans « l’aveuglement » et le confort que l’on a souvent vis-à-vis de l’hétéronormativité ambiante, parce que j’ai grandi moi-même dans la même situation, avec des oeillères et la pression culturelle straight habituelle, réalisant assez tard que j’étais queer moi-même. Dix-sept ans tranquille à ne rien questionner du tout.
Deuxièmement, il faut comprendre une bonne fois pour toute la pauvreté des modèles, et le manque de représentation de l’homosexualité et de la pensée queer (regardez en français, on n’a même pas de mot pour traduire « queer » !) dans la culture et la vie quotidienne. Ce que l’on voit partout, sur le papier, à la télé, au cinéma, dans les livres, dans la publicité, ce sont : des couples hétéronormés. Des gens hétéronormés. Des familles typiques. Des stéréotypes.
Pour moi, le mot-clé, dans tout ça, c’est hétéro *par défaut*. Puisque c’est la norme usuelle, on a tendance à voir les gens hétéros *par défaut*. A imaginer les couples hétéros *par défaut*. A partir du principe que les gens que l’on rencontre sont hétéros *par défaut*. A vrai dire, on n’y pense même pas – normal, la vie est hétéro *par défaut*.
Maintenant, devinons ce qui se passe probablement pour la jeune femme autour de qui tourne la question initiale (ce sont des suppositions à la lumière de ce que je connais – ça reste donc des hypothèses). Elle est bisexuelle, en effet, dans ce monde hétéronormatif *par défaut*. Si elle est bi, si on résume de manière simpliste, disons qu’elle a un côté gay et un côté hétéro (et peut être d’autres côtés queer). Cependant, ce que les gens ne vont remarquer que son côté gay, puisque le côté hétéro est là par défaut…… Inaperçu, puisque si ordinaire ! Et peut être que ça, elle en a tout simplement ras-le bol.
Mettez-vous à la place de cette fille. Dans la vie de tous les jours, dans n’importe quelle conversation, les gens s’attendent à ce que vous soyez hétéro, en fait, il n’y pensent même pas puisque c’est là *par putain de défaut* ! Donc à chaque fois que vous précisez « non, ma petite amie », à chaque fois que vous pointez le fait que non, vous êtes *aussi gay*, chaque fois que vous parlez ouvertement de votre vie *aussi gay*, de votre culture *aussi gay*, de vos espoirs *aussi gay*, de vos difficultés, de l’homophobie, de vos amantes et vos relations *également gay*, quoi que ce soit, les gens ne vont notez que ça – puisque ça sort de l’ordinaire.
Et puis peut être que vous allez vous fatiguer de ce que vous voyez autour de vous – puisque tout est supposé hétero, et que vous avez *aussi* vos goûts *gay*. Vous allez vitre être lassée des histoires de roman, des scénarii de films, parce que tout est centré autour du sempiternel grand amour (hétéro), avec des personnages hétéros dans leurs vies d’hétéros, les mêmes que vous avez déjà lu et vu encore et encore depuis votre enfance. Vous n’êtes pas CONTRE les trucs d’hétéros, vous avez simplement envie de voir AUTRE CHOSE, qui serait aussi adapté à vos autres goûts. Et là vous allez commencer à chercher, désespérément, d’autres histoires, d’autres visuels, d’autres personnages, qui vont eux exprimer et montrer quelque chose de plus proche de ce que VOUS ressentez et de ce qu’est VOTRE vie. Le besoin d’identification est toujours très fort, chez tous les êtres humains.
Vous en avez aussi assez de voir des filles et des garçons se tenir la main dans la rue, et jamais deux filles ou deux garçons. Un couple qui s’embrasse dans la rue, en général, on ne réagit pas trop – mais que se passe-t-il quand c’est un couple de femmes ? Sourires appréciateurs, regards curieux, sifflets ou insultes, quels que soient les manifestations, sympathiques ou mauvaises, voilà le problème : le fait est remarqué, il y a des manifestations. Vous allez donc probablement rechercher des gens qui comprennent ce par quoi vous êtes passées, et ce qui est important dans votre vie, des gens avec qui vous pouvez être et qui vont, *par défaut*, comprendre immédiatement « ma petite amie » quand vous dites « la personne qui partage ma vie ». D’autres gens pour qui c’est normal, et habituel, que vous soyez gay.
Peut être pour la jeune femme en question, ce n’est qu’une phase. Une période de transition, de recherche. Je ne sais pas si elle est sortie du placard, out depuis longtemps ou non, si elle est à l’aise avec sa bisexualité, ou sa sexualité, quelle qu’elle soit. Je ne sais pas si elle est en relation avec un homme ou une femme en ce moment. Je ne sais pas si vous vivez dans une ville avec une forte culture gay et lesbienne, ou dans une zone très répressive. Mais tout ça, ce sont des paramètres importants à garder à l’esprit.
Bien souvent, quand on réalise qu’on est lesbienne, je crois qu’on a besoin d’une période « super-gay ». Parce qu’on a besoin de trouver son chemin, sa place dans le grand spectre de la sexualité et de l’identité sexuelle. On a besoin de sortir de l’hétéronormativité une bonne fois pour toute, pour avoir assez de recul afin de vraiment comprendre l’influence et le conditionnement reçu – et pour se comprendre mieux soi-même, sans tout ce carcan. Et là, on peut commencer à se sentit mieux, au clair avec soi, et ouvertement bisexuelle si l’on le souhaite, et défendre ses deux côtés, sachant vraiment qui on est et ce que l’on veut.
Dans mon cas, quand j’étais avec des filles, les choses étaient plus faciles, parce que nous savions que nous avions du faire un genre de « chemin » commun vers le lesbianisme et l’acceptation, une base communes de doutes et de questions par lesquelles nous avons forcément dû passer, de réactions auxquelles nous avions dû faire face. Et pourtant, parfois, j’étais mal à l’aise, parce que j’étais bi, et pas « totalement lesbienne » comme la plupart de mes connaissances. Lorsque j’étais avec des garçons, c’était beaucoup plus difficile : la plupart n’avaient jamais eu à se poser ces questions, dans leur monde masculin hétéronormé adapté – à cause de ça, même s’il étaient sincèrement désireux de comprendre, ils ne saisissaient pas vraiment mes difficultés, mon passé, ma colère, mes doutes, ma révolte. Et comment faire, quand on n’y est jamais confronté ?
Et en général, la culture lesbienne me manque quand je suis en relation avec des hommes. D’où le besoin d’être plus « bruyante » à propos de mes goûts lesbiens et tout : c’est un peu dur, et amer, d’être tout à coup reconsidérée *hétéro par défaut* quand on se sent tellement plus complexe que ça (surtout après s’être tapé tout le chemin vers le côté obscur :D)
Est-ce que vous comprenez mieux maintenant ?
Je suppose que mes explications sur les lesbiennes peuvent aussi être appliquées, avec un peu d’ajustements contextuels et de meilleurs exemples, à toutes sortes de minorités.

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