La Brindille


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La Brindille

 
de Patrick Braganti

 
 
 
Pour son premier long-métrage, Emmanuelle Millet s’empare d’un sujet difficile : l’accouchement sous X, qu’elle associe avec logique et honnêteté au déni de grossesse, le tout sur fond d’un paysage social lourd, assombri par la perte d’un emploi promis et espéré, l’extrême précarité qui en résulte et la solitude qui interdit l’apitoiement et oblige à l’action et à la lutte. Même si La Brindille se veut intemporel, le monde dans lequel évolue Sarah, sa jeune héroïne, semble bien un univers contemporain, rude et sans concessions. Le cinéma d’Emmanuelle Millet n’est jamais explicatif ni ne délivre de jugement. Il se présente davantage comme une tranche de vie, quelques mois cruciaux de la vie de Sarah qui apprend une grossesse suffisamment avancée pour qu’elle ne puisse se solder par un avortement, lui laissant l’unique option de l’abandon après naissance. En dépit de la rencontre avec Thomas, garçon solide et sérieux, des conseils de Sonia, la responsable du centre maternel qui accueille Sarah et fait office de mère de substitution, celle-ci doit affronter seule sa terrible décision et se confronter ainsi à la réalité qu’elle s’est employée à fuir ou à nier jusqu’alors.
La réalisatrice novice a judicieusement ancré son histoire à Marseille, donc une cité en bordure de mer, dont la luminosité permanente contraste avec l’existence sombre et presque sans joie de Sarah. Influencée par le travail des frères Dardenne, Emmanuelle Millet suit sa comédienne – Christa Theret à la fois déterminée et spontanée, fragile et mélancolique, authentique femme-enfant – en mouvement constant, courant, faisant de la moto, sautant sur les rochers de la plage ou grimpant quatre à quatre les escaliers ; autant d’énergie pour nier un état à peine perceptible.
La Brindille joue de manière récurrente du motif des lignes brisées qui jalonnent les pérégrinations incessantes de l’héroïne, comme autant de signes des conflits qui la traversent et empêchent que sa vie soit justement un parcours tracé et linéaire. Comme elle s’était déjà penchée dans ses travaux documentaires antérieurs sur l’impact de la culture ou encore des violences conjugales, Emmanuelle Millet au travers du registre fictionnel ne quitte pas totalement ses habits d’observatrice attentive et empathique. À l’inverse, elle reste par moments trop en superficie, négligeant certains aspects du scénario comme la relation avec Thomas rapidement évacuée. Peut-être cela finit-il par souffrir d’un manque d’incarnation, la volonté de la sobriété venant en quelque sorte affadir la tension dramatique.
Patrick Braganti

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