Trois enfants incas sur le volcan.


Retrouvés dans un état de conservation exceptionnel, les dépouilles sont exposées dans un musée argentin, par -20°C.


(De Salta, Argentine) Les corps de trois enfants incas inhumés il y a cinq siècles et à plus de 6 000 mètres d’altitude, au sommet d’un volcan, ont été retrouvés par des scientifiques stupéfaits de leur excellent état de conservation.
Aujourd’hui installés sous une cloche de verre à et maintenus à une température de -20°C, ils étonnent les visiteurs du Musée d’archéologie de haute-montagne de Salta (Argentine). Mais la façon dont les corps ont été récupérés par les chercheurs ne plaît pas à tout le monde : pour la communauté indigène locale, ces enfants auraient dû rester sur leur montagne.
L’histoire de ces impressionnantes dépouilles, comme plongées dans le sommeil, commence sur les haut-plateaux semi-désertiques de la province argentine de Salta, où les convulsions de l’écorce terrestre ont fait surgir les plus hauts volcans de la planète.
En langue quechua, on nomme cet altiplano la « Puna », ce qui signifie aussi désert. Une immensité de désert, à plus de 4 000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Une expédition scientifique au sommet du volcan Llullaillaco

Au matin du 26 février 1999, une équipe de quatorze chercheurs, aguerris aux techniques d’escalade et de résistance à l’altitude, se déploie sur les flancs du volcan Llullallaico. Sa masse grise et rocailleuse marque la frontière andine entre le Chili et l’Argentine.
Avec une cime culminant à 6 739 mètres, le cinquième plus haut volcan au monde n’est pas inconnu des « andinistes » qui l’ont gravi tout au long du XXe siècle, pour la première fois en 1952.
Sous la houlette du Nord-Américain Johan Reinhard et financée par le National Geographic, cette expédition a été minutieusement préparée. L’équipe internationale (Argentine, EEUU, Pérou) composée d’anthropologues, d’archéologues, établit son campement de base à 4 900 mètres d’altitude. L’un des participants, Christian Vitry :

« L’ascension du volcan ne présente pas de difficulté technique mais demande un bon état physique et une excellente capacité d’acclimatation. Entre 5 800 et 6 500 mètres, la pente devient très escarpée et le terrain est plus meuble, ce qui requiert un effort plus important. »

La première semaine est dédiée au transport d’aliments et d’outils vers les campements intermédiaires (à 5 800 et 6 600 mètres), l’objectif étant de fouiller au sommet du volcan, où des relevés archéologiques marquent le dessin précis d’une plate-forme cérémonielle datant des Incas.

Une tempête de neige par -37°C retarde le début des fouilles pendant deux jours, mais le 14 mars, sous l’obscure terre volcanique, apparaissent trois figurines de lama.
Quelques centimètres plus bas, enveloppé dans plusieurs tissus, se trouve le corps d’un garçon inca en position assise, pratiquement intact. L’émotion est intense pour l’équipe, qui redouble d’efforts car Reinhard est persuadé que cette cime est un des plus importants lieux de cérémonie de l’empire inca.
Trois jours plus tard, deux autres corps d’enfants, entourés de leur précieux trousseau, sont extraits. Une fillette, dénommée la « fillette de la foudre », a le visage tourné vers le ciel. Plus grande, une adolescente au visage paisible et longs cheveux tressés, la « demoiselle », assise en tailleur, semble plongée dans le sommeil.
Les « enfants du Llullaillaco », entre 6 et 14 ans, sont tous en habit de cérémonie, chacun entouré d’objets destinés à les accompagner dans l’éternité.
Leur état de conservation est exceptionnel, et les scientifiques perçoivent bien que ces enfants incas sont le témoignage unique au monde d’un empire disparu il y a moins de cinq siècles. Entourés de glace, les corps sont transportés dans la proche ville de Salta, et un temps hébergés dans le laboratoire de l’Université catholique.

Le rite de la Capacocha, sacrifice d’enfants pour les dieux

Les rites incas ont été bien documentés par les chroniqueurs du XIVe et du XVe siècle. Celui de la Capacocha s’accomplissait de façon cyclique, pour obtenir les faveurs des dieux, en leur offrant la vie d’enfants.
Sélectionnés pour leur perfection physique parmi les classes dominantes, ceux-ci étaient amenés jusqu’à Cuzco et reçus par l’Inca, puis acheminés jusqu’au lieu du sacrifice.
« N’oublions pas qu’il s’agissait d’un système politique de domination », précise l’anthropologue Gabriela Recagno :

« Dans les régions assujetties se déplaçait un représentant de l’Inca avec un enfant qui allait se transformer en un dieu : il ne mourrait pas et allait pouvoir surveiller tout ce territoire du haut de la montagne. Il devenait un gardien du territoire, un être divinisé.

Un système très bien rodé pour, à travers la religion et la peur, exercer une politique de domination à travers les sacrifices.
Au sommet, on endormait les enfants, par ailleurs épuisés par une marche de 1 600 kilomètres, avec de “la chicha”, un alcool de maïs et sous l’effet du froid, de la basse pression, ils s’endormaient jusqu’à mourir d’hypothermie. »

A découverte unique, technique de conservation unique

Le succès de l’expédition fait rapidement place à une question cruciale. Que faire de ces corps tellement bien conservés qu’on hésite même à parler de momies ?
Après quelques mois de consultation dans d’autres musées du monde confrontés à un défi similaire, les scientifiques se rendent à l’évidence : à une découverte unique doit correspondre un musée spécifique avec d’inédites techniques de conservation.
Les corps seront préservés par un système avancé de cryogénie (par le froid), en étant maintenus dans des capsules de verre avec un contrôle permanent de l’atmosphère qui les entoure : température, humidité, pression, composition de l’air.
Aujourd’hui directrice du Musée d’archéologie de haute montagne (MAAM), Gabriela Recagno insiste sur la « préservation de ce patrimoine afin de diffuser une culture ancestrale relativement proche dans le temps ».

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